Les Disparus de Daniel Mendelsohn

Publié le par Bernard

Je savais, pour avoir lu les critiques, que Les Disparus de Daniel Mendelsohn était un chef d'oeuvre, mais comme je suis toujours un peu dubitatif sur ce type de commentaires, je me suis plongé dans ce livre avec quelles appréhensions, d'autant que les 650 pages de ce pavé n'ont rien d'engageant. Mais le résultat est à la hauteur de ma lecture boulimique de cette semaine. Voici un livre unique qui aborde l'indicible horreur de la Shoah à travers l'histoire de six anonymes perdus dans le tourbillon de l'histoire.
Daniel Mendelsohn reçoit à la mort de son grand-père, en guise d'héritage, les lettres de son grand-oncle Shmiel mort durant la guerre en Pologne. Il va alors décider, pendant quatre ans, de se consacrer à la recherche de ces juifs disparus. Ce formidable projet va le mener tout d'abord à Bolechow, en Ukraine actuelle, berceau de sa famille jusqu'en Australie mais aussi en Israël, en Suède, en Lettonie et au Danemark. A chaque étape, il va retrouver un fragment de la vie de Shmiel et d'Esther, et de leurs quatre filles: Lorka, Frydka, Ruchele et Bronia. Mais au-delà de connaitre le destin de ses parents engloutis par la folie meurtrière nazie, Mendelsohn reconstitue aussi la vie quotidienne d'un shtetl polonais d'avant l'Holocauste où polonais, ukrainiens et juifs vivaient ensemble depuis 300 ans. Car la force de ce livre n'est pas seulement d'être un formidable travail d'archives et d'historien, mais c'est d'être aussi une démarche profondément personnelle et intime qui en font un livre à part dans la bibliographie consacrée à la Shoah.
Les Disparus se lit comme un roman, qu'il n'est pas, sans longueur, à un rythme soutenu comme un roman policier. Peu à peu, comme la restauration d'une mosaïque antique, chaque pièce prend sa place et nous voyons apparaitre la vérité si simple et si évidente qu'elle éclaire la barbarie d'une lumière d'autant plus terrible qu'elle nait d'un quotidien presque banal.
Le travail de Daniel Mendelsohn est d'autant plus remarquable qu'il met en perspective la vie de Schmiel et de sa famille avec les récits grecs de l'Antiquité, dont il est un spécialiste et certains passsages commentés de la Torah qui permettent, malgré la difficulté de l'exercice, d'ancrer ce récit dans le champ de l'histoire littéraire et de la religion.
Bref, Les Disparus est un chef d'oeuvre.

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Publié dans Lectures et Culture...

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