Mahomet "flouté", on arrête pas la bêtise...

Publié le par Bernard

Arrêtez de vous "flouter" de moi.....

Pour ceux qui l'auraient oublié, l'Histoire est une science.
Elle se fonde sur l'analyse critique des sources écrites et/ou iconographiques. Toute modification d'une source transforme la perception du fait historique et par conséquent, rend erronée son interprétation scientifique. Ce principe de base ne peut en aucune façon être remis en cause, sous peine de voir émerger des phénomènes de révisionnismes historiques. Il ne s'agit pas d'un dogme, mais bien d'une méthodologie et d'une démarche intellectuelle qui doivent être partagées par tous ceux qui se disent historiens pour rendre crédible une science qui depuis quelques années connait bien des attaques. Ne pas respecter les sources, c'est remettre en cause le sens même de l'histoire, en tant que science et ouvrir le chemin à tous ceux qui voudraient faire taire les historiens, et plus largement les scientifiques, parce que leur travail et leurs recherches dérangent.
Ainsi l'Histoire, comme toutes les autres sciences, ne peut être assujettie à aucune idéologie politique ou religieuse. Le travail de l'historien doit tendre à l'objectivité. Même si chacun d'entre nous réfléchit selon un processus intellectuel qui lui est propre (une prédisposition mentale, pour reprendre une expression de l'essayiste André Jollès, qui est le fruit de notre éducation et de nos expériences) l’historien doit être capable de s'élever au-dessus de ces contingences pour donner une interprétation historique recevable et donc rendre son analyse la plus perfectible possible. Cela ne veut pas dire, qu’il aura raison dans les conclusions proposées, mais par la rigueur de la méthodologie employée son honnêteté intellectuelle ne pourra être remise en cause.
Mais que se passe-t-il si la source utilisée, comme point de départ du processus d’analyse, est délibérément modifiée ? Je me pose cette question depuis que j’ai appris que les éditions Belin ont « flouté » délibérément, dans un manuel de 5ème d’histoire-géographie, le visage de Mahomet sur une miniature du XIIIème siècle, extraite d’un manuscrit conservé à l’Université d’Edimbourg.

 

 

 

Mahomet prêchant à Médine devant ses disciples

Avant « floutage »

Après « floutage »

 

 

 

Cette initiative, d’un des plus importants éditeurs français de manuels scolaires, pose deux problématiques fondamentales.
La première est liée directement à l’interprétation du document. Nous savons que la tradition, selon laquelle on ne représente pas le visage de Mahomet, est une pratique relativement récente dans l’Islam et que, par exemple, de nombreux manuscrits perses anciens n’appliquent pas la règle "d’un prophète sans visage". Cette manipulation du document est simplement inadmissible, parce qu’elle rend erronée l’interprétation scientifique du document et renforce l’idée qu’il est de tradition de ne pas représenter l’image de Mahomet. Un tel raisonnement permet, par conséquent, de valider l’idée que les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo étaient bien une forme de blasphème. Cette manipulation du document ne semble pas émouvoir l’éditeur qui a déclaré que cela « ne falsifie pas le document » !!!!!! I
Si les auteurs de ce manuel souhaitent se targuer d’être des historiens, il est peut être temps, pour eux, de rappeler à leur éditeur que l’histoire est une science dangereuse et qu’il n’est pas bon de la transformer pour satisfaire une minorité d’activistes religieux.
Car, et c’est la seconde problématique soulevée par cette malheureuse et détestable initiative, peut-on dans un pays laïc falsifié un document historique pour ne pas froisser une poignée de fanatiques ? La question est bien là. Soyons honnêtes, il y a encore 10 ans, personne dans notre pays n’aurait eu l’idée de « flouter » le visage de Mahomet. Mais face à la montée d’un fanatisme radical qui remet sans cesse en cause les principes fondamentaux de la laïcité, les marchands du Temple préfèrent vendre leurs marchandises et s’essuyer les pieds sur des principes fondamentaux de notre République, plus tôt que de perdre de l’argent.
La montée inexorable de l’extrémisme religieux, de toute confession, qui remet en cause la laïcité ne doit pas être négligée. Ce « floutage » n’est que le début, si nous ne sommes pas vigilants, d’un « floutage » généralisé des bases de la laïcité dans notre pays. Bien sur, certains pourrons me dire que cela n’est qu’un phénomène anecdotique et qu’il est inutile de trop en faire. A ceux-ci, je souhaite dire que la falsification des images et la négation de la véracité historique ont déjà mené l’Humanité aux limites du chaos, au courant des siècles qui ont précédés. Que manipuler l’Histoire pour satisfaire une minorité agissante n’a jamais rendu un très grand service à la société, bien au contraire. Que le principe de laïcité, même s’il semble à certains dépassé, a permis de construire et d’affermir la République dans notre pays. Le principe de laïcité n’est pas d’interdire la religion ni ses expressions, c’est au contraire de permettre à tous d’affirmer sa foi, mais dans le respect d’Autrui sans interdire à quiconque de croire ou de ne pas croire. Le partage des valeurs de la Laïcité est le seul moyen, me semble-t-il, qui puisse garantir à tous la liberté absolue de conscience. Accepter, même la plus petite concession, à ces principes est la porte ouverte à tous les abus et à toutes les dérives.
La laïcité, n’en déplaise aux religieux et obscurantistes de tout poil, est l’avenir de notre pays et de notre République. Ne nous laissons pas débordés par ces fanatiques et rappelons chaque fois que cela est nécessaire notre attachement à la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » socle de l’universalité de la Laïcité.

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Les Nerfs de la Team

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